Déclin de la qualité du français au Canada

Oh! Mes yeux saignent quand je vois les commentaires des internautes sur les forums, les emails de collègues, les SMS truffés d’erreurs toutes catégories confondues. Des verbes non conjugués conjugués, des verbes conjugués non conjugués, du pluriel boudé, des ‘si j’aurais…’ et j’en passe.

Est-ce que c’est moi ou le français ne cesse de se dégrader au fil des années? Est-ce une simple nostalgie du genre ‘dans le bon vieux temps, les gens savaient écrire’?

Je parle ici de la situation au Canada sans être certaine que le phénomène soit identique ou de même nature dans l’Hexagone.

Donc, qu’est-ce qui se passe?

Doit-on blâmer Internet et ses technologies dérivées? Je trouve que c’est facile de pointer cet éléphant du doigt. Il a sa part de responsabilités, j’en conviens. On lit désormais sur des sites plus ou moins professionnels qui ont leur lot d’erreurs grammaticales en plus des erreurs de frappe. Auparavant, il fallait passer par une maison d’édition pour publier et imprimer un livre qui devait passer sous l’œil de lynx de l’éditeur et du correcteur, ce qui limitait les erreurs.

Mais en même temps, Internet a permis la prolifération et l’accessibilité à des sites personnels, des livres numériques, des recherches, des emails, des blogues: il y a 20 ans seulement, les gens n’écrivaient probablement pas autant qu’aujourd’hui et n’avaient pas l’information au bout des doigts (ou ‘d’un clic sur Google’ pour être plus exact!) Les gens lisent plus sur Internet à mon avis mais ne lisent pas nécessairement des encyclopédies ou des briques de 900 pages à la fois.

Internet a rendu les recherches tellement plus faciles. Je me rappelle des cartons jaunis des bibliothèques publiques qui classaient les mots-clés tirés des livres dans des tiroirs de métal si grands qu’on se serait cru aux archives nationales. On devait chercher d’abord le mot, écrire la référence, le titre du bouquin et son numéro sur un bout de papier (parfois la lâcheté me dictait de le mémoriser et de me dépêcher à le trouver avant que je ne l’oublie donc j’étais sans doute la seule à courir, pantelante, dans une bibliothèque silencieuse) et une fois dans les rayons, il fallait trouver le livre (et quelle frustration si le numéro précédant s’y trouvait, le numéro suivant aussi, mais pas celui qu’on cherchait parce qu’il était déjà emprunté!) Je suis reconnaissante de ne plus avoir à passer par cette laborieuse démarche!

Doit-on blâmer la nature du français? Beaucoup se plaignent d’une trop grande quantité d’exceptions, de conjugaisons trop complexes et de règles difficiles à se rappeler. Ce n’est pas faux. La grammaire française est nettement plus complexe que celle de l’anglais. Mais l’anglais aussi a ses difficultés. Vous serez sans doute surpris d’apprendre qu’il y a environ 5 fois plus de mots en anglais qu’en français. Donc, plus de mots à retenir et à épeler avec plus de nuances entre les synonymes. Et si on regarde la grammaire russe, on arrête de se plaindre. On parle ici de 3 genres (masculin, féminin et neutre) et de 6 cas grammaticaux (c’est-à-dire que si le nom commun que vous venez d’apprendre est le sujet dans la phrase, sa terminaison sera différente du cas où il est complément direct, qui sera différent du cas où il est complément indirect, qui sera différent du cas où il est complément du nom, qui sera différent… vous saisissez?) Alors, pour un seul nom commun dont vous n’avez pas encore appris le genre, vous avez 18 possibilités de terminaisons. Et je ne vous parle pas de l’alphabet cyrillique à apprendre ni des syllabes accentuées qui rendent un mot inutilisable si mal placées… Alors, oui, le français a ses complexités mais il est possible de l’apprendre, surtout si des étrangers parviennent à parler le russe!

Doit-on blâmer le système d’éducation? En partie, sûrement. On a commencé à accorder les participes passés en 3e année du primaire. Je m’en rappelle très bien. Pourquoi, oui pourquoi, est-ce qu’on nous ennuie encore avec ça en 5e secondaire? Soit les professeurs sont incompétents (j’écarte immédiatement cette possibilité parce que je tiens les professeurs en très haute estime, leur travail est plus souvent qu’à son tour ingrat et en plus, ils doivent se cantonner à ce que le programme leur impose) soit le programme est mal fait (possible, probablement mal adapté), soit les élèves ne font carrément pas leur travail. Les règles de la conjugaison des participes passés ne sont pas particulièrement ardues. Je les enseigne souvent à des élèves dont le français n’est pas la langue maternelle et bien qu’ils galèrent un peu au début, ils finissent souvent par mieux conjuguer les participes que des gens qui ont passé 12 ans sur les bancs d’une école francophone. C’est pourquoi je blâme un peu le programme mais surtout les élèves qui devraient être plus observateurs quand ils lisent et plus attentifs en classe.

Sur ce, j’entends mes amis se plaindre: ‘Mais les cours de français étaient d’un ennui mortel!’ C’est vrai (la plupart du temps) que les cours sont un peu lourds. Mais faites votre travail d’élèves et on pourra peut-être mettre autre chose au programme. Parce que, oui, c’est aberrant qu’on nous ennuie avec les participes passés jusqu’à notre graduation et qu’on passe tout notre temps sur des exercices redondants qui ne nous laissent plus l’occasion de lire les grands classiques de la littérature française. Trouvez-vous normal qu’un(e) élève de 17 ans n’ait jamais lu Molière, Beaudelaire, Hugo, Voltaire, Nothomb ou Camus? Moi non. C’est seulement au CÉGEP que j’ai eu de vrais cours de littérature alors que j’aurais très bien pu me passer des 10 années inutiles sur les participes…

Comme vous le sentez probablement par le ton de mon article, la baisse de qualité du français au Canada me désole. J’irais même jusqu’à dire que ça me fait peur parce que le français est d’une grande richesse et maintenant, les gens peuvent l’utiliser et l’apprécier de moins en moins… C’est triste. J’encourage cependant tous ceux qui lisent cet article, et particulièrement vous les jeunes, à vous plonger dans la lecture d’un bon livre, de devenir amoureux des mots, d’apprendre (parce que, oui, ça s’apprend) à aimer la lecture pour que vous puissiez être habiles avec le français et le faire perdurer dans sa plus belle forme…

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